Les enfants de Vercheny

Ils s’appellent Chloé, Enzo, Kenza, Samuel, ils ont 14, 12, 2 ans. Ils font partie des 177 000 enfants qui, en France, grandissent éloignés de leurs parents, la plupart du temps sur décision d’un juge.

Ils s’appellent Agnès, Richard, Anne, Rachel, ils ont 57, 62, 26 ans. Ils sont éducateurs et ont fait le choix de vivre avec les enfants placés dont ils s’occupent.

Il s’appelle Vercheny, ce village où tous ont posé leurs valises. À contre-courant du « risque » d’attachement mis en avant dans les politiques de l’Aide sociale à l’enfance, ici se vit un quotidien familial et chaleureux. Les adultes et les enfants prennent le « risque » de s’aimer.

11 maisons, 65 mineurs accueillis, sur les coteaux sud du Vercors s’écrit depuis soixante-quinze ans une histoire unique dans la protection de l’enfance.

 

Note d’intention de Caroline Darroquy (réalisatrice)

Il y a trois ans, j’accueillais Tassimila chez moi. Cet adolescent étranger ne connaissait personne en France et dormait dans la rue, en attendant qu’un juge reconnaisse son statut de « mineur isolé » et le place sous protection de l’Aide sociale à l’enfance. De cette expérience est né un film sur l’hébergement solidaire, Défi de solidarité, diffusé sur France 2 dans la case Infrarouge et coréalisé avec Anne Richard. Nous y avons questionné la solidarité et ses limites, exploré la richesse des expériences humaines qui se tissent comme un élément de réflexion apporté à l’essentielle question de l’accueil. À l’issue de ce projet, mon intérêt pour ce thème s’est élargi à l’accueil des enfants placés en France, alors même que quelques certitudes se forgeaient.

D’un côté, j’ai vu les immenses bénéfices que tirent les jeunes d’un accueil familial, même temporaire. Indéniablement, ces moments partagés « à la maison » les aident à s’ancrer dans leur vie présente et, je l’espère, future. Mais le système D des solidaires est insuffisant. Pour offrir un cadre pérenne à ces enfants, une reconnaissance administrative est indispensable.

Pourtant, lorsqu’elle arrive enfin, une fois passé le soulagement du placement et de la mise à l’abri, les jeunes restent, pour la plupart, en souffrance. Ils se retrouvent à nouveau isolés, avec un éducateur parfois débordé, absent. Ils sont seuls face à leurs questions, leurs démons, leur avenir.

Que pourrait donc être un « accueil » digne pour ces enfants ?

Les placements officiels et chaleureux seraient-ils un rêve pieux ?

L’état des lieux des dysfonctionnements de l’Aide sociale à l’enfance n’est plus à faire tant il a saisi l’opinion publique – encore récemment – jusqu’à la demande par des députés comme des sénateurs d’une mission d’information en 2019. Sans surprise, les conclusions sont sombres et préconisent une orientation plus marquée vers les modes d’accueils familiaux.

J’ai donc cherché un lieu à l’image de l’accueil que j’appelais de mes vœux pour ces enfants injustement cabossés par la vie. Après avoir visité quelques Lieux de Vie et d’Accueil, des foyers alternatifs à petite échelle, j’ai repris contact avec Amélie, libraire de 40 ans, une connaissance qui m’avait parlé quelques années auparavant de son « village d’enfants à Vercheny ». Je me suis souvenue qu’elle se refusait d’utiliser le mot « placer » qu’elle trouvait totalement inapproprié, et parlait « d’enfants accueillis ». Elle tenait cette idée de son grand-père, Robert Ardouvin, le fondateur du village dans le contexte de l’après-guerre.

Amélie a grandi à Vercheny dans son utopie à lui devenue réalité, celle d’un lieu où l’on accueille les enfants dans une famille, où ils participent à la vie du village qui devient le leur.

Au bout d’une petite route en lacets, nichées à flanc de coteaux du Vercors, onze maisons accueillent 65 mineurs âgés de quelques mois à 18 ans, confiés par les services de l’Aide sociale à l’enfance. Chacune de ces maisons est calquée sur le même modèle : six enfants placés – et les enfants des accueillants s’ils en ont – sont éduqués par un couple d’éducateurs familiaux ou un éducateur seul. Ces cocons, à l’image d’une famille classique, ont tous un caractère, une « couleur », une personnalité propre. Mais quelque chose les lie les uns aux autres, ils ont un objectif commun qui ne varie pas depuis soixante-quinze ans : « construire des lendemains » aux enfants placés, selon la devise des fondateurs.

 

Le documentaire est disponible en visionnage sur france.tvpreview

À revoir sur france.tv

Retour

Rejoignez-nous

Plan d'accès